| Un laboratoire de recherche dans le sanctuaire de la force de frappe française
C'est à Albion, sous la terre du Luberon Provençal, que les missiles qui constituaient la force de frappe nucléaire ont attendu, pendant trente ans, le signal fatidique. Des dizaines de kilomètres de galeries, de blindages, et un poste de commande enfoui sous 500 mètres de roche à l'abri de toute déflagration, autant d'équipements devenus inutiles lorsqu'en 1996, la France abandonne sa "posture d'alerte permanente", fin de la guerre froide oblige. Aujourd'hui, ce sont des scientifiques qui investissent ce site unique au monde. Ils exploitent pour cela une caractéristique de ce site, qui le rend unique : le silence magnétique absolu qui y règne, et qui permet donc d'éviter tout bruit de fond qui brouillerait les résultats. Ainsi, le poste de tir des officiers, une immense capsule blindée, se révèle être aussi "silencieuse" qu'une chambre construite à Berlin à des fins scientifiques
Mais celle d'Albion est 50 fois plus spacieuse.
Exemple de recherche : l'installation de sismographes de haute précision par des chercheurs de l'Université de Nice, afin de détecter des signatures de séismes à travers la planète, et évaluer la dynamique des ondes sismiques de la profondeur vers la surface. Les sismographes détectent ainsi le battement de la houle sur les côtes de Méditerranée, à 100 km de là. Lorsqu'un tremblement de terre a lieu en Inde, à 6500 km de là, les appareils détectent le passage de l'onde. Mieux : un magnétomètre installé dans l'ex-capsule de tir enregistre un signal électromagnétique, produit par la compression par la même onde sismique des ions présents dans les eaux karstiques du plateau de Vaucluse. Autant d'arguments qui militent en faveur de l'installation d'un véritable centre de surveillance de la sismicité régionale et nationale, ainsi que de la survenue d'explosions de toutes causes, y compris lointaines
Dans le cadre du "Laboratoire sous-terrain à bas bruit", les scientifiques mènent également des recherches qui pourraient, entre autres, permettre de percer l'un des plus épais de la physique, celui de la masse manquante de l'Univers. Les physiciens de l'Université Paris 7 installent en effet une expérience au plus profond de ce site pour détecter le passage de particules baptisées Wimps, venues des confins de l'Univers, et dont la masse pourrait expliquer le phénomène de la masse manquante. Enfin, des expériences sont menées visant à évaluer la croissance de végétaux, comme des poivrons, dans cet environnement en absence de rayonnements magnétiques, et d'autres qui visent à comparer des images obtenues grâce à un microscope à champ proche qui serait installé à Albion avec celles obtenues en conditions normales : on pense que cette absence de bruit magnétique pourrait permettre de réaliser de meilleures acquisitions.
| | |